HISTOIRE DU PRIX

par Christian Millau

Il faut que je vous dise quelques mots de notre Prix littéraire des Hussards. 

Il est né d'une rencontre, celle faite avec deux avocats amoureux des bons livres : Marina Cousté et François Jonquères. Spécialistes de la propriété intellectuelle, ils sont associés au cabinet Reed Smith qui, en toute intimité, regroupe 1800 avocats à travers le monde.

Marina et François sont devenus des amis et l'idée nous est venue de fonder un prix littéraire. 

Pourquoi un prix des Hussards ? La référence aux Hussards ne doit rien à la nostalgie et ce n'est pas à la reconstitution, après dissolution, du 2e Hussards de Nimier, Laurent, Blondin et Déon que nous vous convions. 

D'ailleurs, aucun de ces quatre-là n'a jamais revendiqué son appartenance à un quelconque bataillon de la pensée disciplinaire et c'est précisément cet état d'esprit réfractaire qui nous a inspiré en réunissant des écrivains et des chroniqueurs venus d'horizons très différents, voire opposés, mais que rapproche un même goût d'indépendance et de singularité, très à cheval sur l'irrévérence. 

Christian Millau (1928 - 2017)

L'ESPRIT HUSSARD

Un mot de François Jonquères 

Bernard Frank ​décrivait ainsi les Hussards de 1952 : " des têtes folles, des drôles, des au-courant-de-la-plume, qui "aiment les femmes ... la vitesse, les salons, les alcools, la plaisanterie (leur mauvais goût)." 

Je les imagine volontiers, espiègles et frondeurs, comme dans ce passage de Monsieur Jadis où, s'ennuyant ferme lors d'un déjeuner littéraire, "Paul Morand empoigna Marcel Aymé et Roger Nimier, sous chaque bras" avant de récupérer Antoine Blondin, à la recherche d'un ailleurs meilleur. 

Où comment tirer son irrévérence, avec élégance. 

Mais les Hussards ne sont pas nés sous la plume de Bernard Frank car je veux croire en une généalogie du style, très française, qui englobe leurs grands frères d'alors, Félicien Marceau, Kléber Haedens, Jean Anouilh, Marcel Aymé ou encore Jean Giono, Céline et Morand, bien sûr, sans oublier André Fraigneau et l'étonnant Sacha Guitry. 

Leurs racines remontent aussi à travers les âges d'or de notre littérature : on y croise Stendhal (le Chasseur vert !), Alexandre Dumas, Vigny, parfois ; la liaison se poursuit avec Laclos ; en remontant encore, ce héros au long nez, Cyrano de Bergerac, le Cardinal de Retz et, pourquoi pas ? François Villon.

Je veux surtout croire que nous perpétuerons longtemps cette belle lignée, bien de chez nous, où l'indépendance se pare de désinvolture. 

Bernard Frank écrivait encore que "l'écrivain qui a du style écrit à cheval". 

Sellons donc notre destin et soyons cavaliers. 

François Jonquères 

Secrétaire général du Prix des Hussards